Les plus chauvins parmi nous le proclament depuis cinquante ans…
Notre béret vert a-t-il inspiré les Britanniques lors de la fondation de leurs commandos durant la deuxième guerre mondiale ?

Dans l'ouvrage du Colonel Hre Jean Militis "La piste du risque", la mention est très explicite. La page de son ouvrage est reproduite ci-contre.
Les Chasseurs Ardennais furent très heureux de ce texte qui confirmait ce que beaucoup d'entre eux proclamaient depuis longtemps. Ils décidèrent qu'il s'agissait là de LA vérité. Ils continuèrent donc à mentionner cette "vérité" dans diverses allocutions et parfois dans de petits articles à faible diffusion.
Jean Militis faisait appel à Adolphe Lheureux pour étayer son propos. Il convenait donc de les consulter l'un et l'autre. Le problème fut empoigné par le Secrétaire national François Guiot en 1986 qui demanda à Lheureux de lui mettre cette histoire noir sur blanc.
Nous avons une copie de la lettre qu'écrivit alors le vice-président Lheureux au Secrétaire national.

Lheureux fait lui-même appel au Vicomte Arthur de Jonghe, major au First Commando Brigade britannique, et à ses souvenirs, durant et après la guerre.
Notre histoire du béret vert commando suit donc la piste: de Jonghe - Lheureux - Militis.

Voici la substance de la lettre d'Adolphe Lheureux à François Guiot de 1986.

- Le 26 juin 1940, une douzaine de Chasseurs Ardennais, échappés de France par La Turballe, Loire Atlantique, arrivèrent à Plymouth, Angleterre. Le surlendemain, 28 juin 1940, ils furent envoyés à Tenby, South of Wales, centre de regroupement des Belges.

- Le 20 juillet 40, trois d'entre eux furent convoqués par le Vicomte Arthur de Jonghe dans un "pub" de Tenby. Le Vicomte Arthur de Jonghe leur demandait s'ils étaient prêts à s'engager dans des missions spéciales. Après quelques jours de réflexion, les trois Chasseurs Ardennais donnèrent une réponse affirmative et définitive. Ils étaient volontaires.

- Le 3 septembre 40, ils arrivèrent à la station 17 SOE à Herdford. Ils étaient accompagnés de deux autres Belges qui se désistèrent par la suite.

- En ce temps-là, le SOE (Special Operations Executive) était commandé par Sir Roger Keyes, V.C., Amiral de la Navy. La section belge avait pour chef le Major Claude Knight… Et les petits Belges étaient particulièrement bien considérés. Nous étions toujours, bien sûr, sous la houlette du Vicomte Arthur de Jonghe qui avait été commissionné capitaine de sa Majesté britannique.

- Après un entraînement excessivement dur, du 3 septembre 40 au 30 janvier 41, nous étions prêts, Tromme, Leblicq et moi-même à être parachutés chez nous, en Belgique occupée.

- Le 10 mai 41, Emile Tromme fut "droppé" entre Poteau et Recht. Il fut le premier agent parachutiste à être fusillé. Triste honneur, mais honneur quand même pour les Chasseurs Ardennais. On n'en parla jamais plus ; c'était beaucoup trop tôt pour certains. Seule une rue de Grand-Halleux porte encore son nom. Mais jusque à quand ?

- Leblicq sauta à la mi-juillet 41. Il mourut d'une manière horrible. Ton serviteur fut arrêté et blessé par la GFP le 14 avril 42. Pendant trois ans, il fut un "Nacht und Nebel", dur, dur ! Entre-temps, le Vicomte Arthur de Jonghe fut complètement "déboussolé" lorsqu'il apprit que le Gouvernement belge de Londres (Spaak entre autres) avait coupé tous les ponts avec le SOE, commandé depuis juin 41 par le général Gubbins, DSO avec barre.

- Arthur de Jonghe demanda et obtint sa mutation chez les commandos britanniques dont le chef vénéré était Lord Lovat. Et c'est ainsi que le Vicomte suggéra à ses supérieurs le béret vert commando ; comme celui des Chasseurs Ardennais, ce qui fut fait. Pour la petite histoire, le Vicomte Arthur de Jonghe, devenu Major, fut le seul Belge à avoir participé au raid meurtrier de Saint Nazaire. Il débarqua le 6 juin 44 avec la First Commando Brigade et pendant deux mois, cette unité tint le terrain qu'ils avaient conquis pied à pied.

Votre "webmestre" a bien connu M. Adolphe Lheureux, longtemps vice-président, ainsi que le Col Hre Jean Militis, premier membre d'honneur, de notre fraternelle.
A l'époque où le dialogue se faisait par fax, les voeux de Noël du Colonel Hre Militis - 24 décembre 1999 - contenaient, entre autres, la phrase suivante:

Nous n'avons pas approfondi le sujet, celui-ci n'étant pas constamment à l'esprit des Chasseurs ardennais!
Jean Militis nous quitta en septembre 2006 avant de "nous avoir écrit, à l'occasion", comme il le faxait. Nous pensons qu'il avait en main le document dont il sera question plus loin.

Allons donc voir au Royaume-Uni ce qu'on en dit...

Nous sommes donc toujours restés très prudent sur ce sujet délicat dans notre site web.
Jusqu'au jour de 2006 où un ancien officier Chasseur Ardennais fut nommé Ambassadeur de Belgique à Londres, rien de moins!

Bien au courant de la controverse, il décida d'investiguer, sans chauvinisme, sur l'origine du béret vert des commandos britanniques.
M. Jean-Miguel Veranneman de Watervliet, notre ambassadeur, rencontra un jour le général Sir Henry Beverley des Royal Marines, ancien du Royal Marine Commandos. Peu après, il lui envoya le courriel dont voici l'extrait significatif pour nous:

From: Jean-Michel.VerannemandeWatervliet@diplobel.fed.be
Sir Henry Beverley
(…)
Dear General,
(…)
There is the matter I'd like to mention to you of the color of the beret of the RM Commandos about which there is a theory in Belgium linking it to the green berets of the Chasseurs Ardennais Regiment who used them in 1940 with Lord Keyes, the Liaison Officer at King Leopold's HQ, noticing their valor and later giving their beret to the commandos he raised at Churchill's request. But it is a theory which I am not sure withstands scrutiny. Ex Chasseurs Ardennais like myself obviously like to believe it ! May be you could enlighten me or put the "Fraternelle des Chasseurs Ardennais", the veteran's Association, in touch with someone who could.
(…)
Very kind regards,
Jean-Michel Veranneman
Belgian Embassy London


Ayant eu la gentillesse de tenir le "webmestre" au courant de sa démarche, l'Ambassadeur attendit anxieusement la réponse, qui ne tarda pas.
Sent: Monday, 15 October , 2007 18:19 PM
To: Veranneman de Watervliet Jean-Michel - London - Ambassador
Dear Ambassador,
I have been in touch with a pivotal member of the Royal Marines Historical Society (RMHS), who wrote an article on the subject in 1993. Below is the formal position regarding the Green Beret as basically contained in the 'A Short History of the Royal Marines' produced in 2002 to assist with the understanding of the history of my Corps.
During the early days of the Commandos ranks continued to wear their own regimental head-dress and cap badge. There were 79 different forms of headgear in No 1 Commando alone! In 1942, the officers of that Commando decided that matters should be regularised and that a beret would be the most practicable option. The Royal Tank Regiment were wearing black berets and the newly formed Parachute battalions had adopted maroon.
Briefly, the green colour chosen was taken from the shoulder insignia of No 1 Commando, a green salamander going through fire - an insignia designed by Richmond Herald of the College of Arms. Their submission to the Chief of Combined Operations (Mountbatten, who succeeded Keyes in October 1941) was forwarded to the Under-Secretary of State for War in a letter dated 1 May 1942.
The type, style and colour having been approved, the Adjutant of No 1 Commando (Capt B G B Pugh) was tasked to investigate how and where it could be produced locally. Luckily, there was a factory in Ardrossan specialising in the manufacture of Scottish bonnets: a colour sample was matched to the green of the salamander and approved by the Commanding Officer (Lt Col Will Glendinning of the Welch Regiment).
The above is based on a short memorandum that Pugh wrote in 1976, and confirmed with many others including No 1 Commando's Orderly Room Sergeant Major Henry Brown, who was the General Secretary of the (now defunct) Commando Association for many years.
The first Royal Marines Commando was formed in 1942 and, by the war's end, there were 8 of them (Nos 40-48). The Army Commandos were disbanded at the end of the war and the role was continued by the Royal Marines in the form of 3 Commando Brigade Royal Marines (now 40, 42, and 45 Cdos).
I regret pouring some cold water on the Keyes/ Chasseurs Ardennais Regiment theory; who knows he may have sown the seed of the idea at some stage during his brief period in charge of Combined Operations - but that is not the official version!
With warm regards.
Henry Beverley

Voici, sous la responsabilité de votre "webmestre", une traduction résumée:
Cher Ambassadeur,
J'ai été en contact avec un membre clé de la Royal Marines Historical Society (RMHS), société historique des Royal Marines, qui a écrit un article sur le sujet en 1993. Voici la position officielle sur le béret vert, figurant depuis 2002 dans "Une courte Histoire des Royal Marines".

Aux premiers jours des commandos, le personnel portait ses bérets et badges d'origine: 79 différents, rien que pour le Cdo n°1 ! En 1942, les officiers de ce commando décidèrent d'arranger les choses et qu'un béret serait l'option la plus pratique. Le Royal Tank Regiment portait le béret noir, tandis que les paras avaient adopté le marron. En bref, la couleur verte choisie fut celle de l'insigne d'épaule du Cdo n°1: une salamandre verte traversant le feu, insigne dessiné par Richmond Herald du "College of Arms".
C'est par une lettre du 1er mai 1942 que cela fut soumis au sous-Secrétaire de la guerre par le Chef des Opérations Combinées, Lord Mountbatten, successeur de Sir Roger Keyes.
Le S1 du Cdo n°1, Capt Pugh, fut chargé de trouver un fabricant. Une usine à Adossan le produisit suivant un échantillon pris sur la salamandre.
Tout ceci est basé sur un mémo de Pugh en 1976 et "confirmé par beaucoup d'autres, dont le 'Orderly room Sergeant Major du Cdo n°1 Henry Brown, qui fut durant de longues années le secrétaire général de la maintenant défunte Association Commando".
Le 1er Royal Marines Commando fut formé en 1942 et, à la fin de la guerre, ils étaient au nombre de huit (n°40 à 48). Les commandos de l'armée de terre furent dissous à la fin du conflit et leur rôle fut repris par les Royal Marines (aujourd'hui 40, 42 et 45 Cdos).
Je regrette de jeter ce froid sur la théorie Keyes/Chasseurs Ardennais ; allez savoir si Keyes n'a pas introduit l'idée à l'un ou l'autre moment de son bref commandement des Opérations Combinées ! - mais ce n'est pas la version officielle !

Selon nos recoupements, Lord Keyes a donc dirigé les "Combined Operations" de juin à octobre 1941 - la première date nous est suggérée par la lettre d'Adolphe Lheureux, la deuxième, par le document ci-dessus. C'est bien la période clé pour suggérer, "lancer la semence de l'idée" dit le mail, de prendre un béret vert pour les commandos dont la formation est envisagée à ce moment.
Résumons


Qu'en conclure ?


- Tout d'abord, qu'il ne faut plus espérer faire admettre par les Britanniques que les célèbres commandos de leur grande nation aient choisi le béret vert en l'honneur des héroïques Chasseurs Ardennais de 1940.
- Mais aussi que rien ne prouve, comme le suggère le correspondant de notre Ambassadeur, que Sir Roger Keyes - qui vécut la bataille de la Lys aux côtés du Roi et défendit ensuite celui-ci avec fougue et détermination face à Churchill puis à l'Histoire - ne sema pas la graine "béret vert" lors de son passage aux Combined Operation…
Les Britanniques pouvaient donc parfaitement s'inspirer des bérets verts des Chasseurs Ardennais, mais sans en être conscients, et sans le dire !
Vous pouvez donc, Chasseurs ardennais d'hier et d'aujourd'hui, continuer à dire qu'il est POSSIBLE que le béret des commandos ait été inspiré par le vôtre.
Ajoutez, pour être honnête, que ce n'est pas du tout la version officielle britannique.
......

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