La tragédie du Rhenus 127 à Willemstad le 30 mai 1940
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Le naufrage du "Rhenus 127"
(merci à Frans Gorissen pour la richesse de son information)

Le plan d'eau que vous voyez ci-dessus est le "Hollandsch Diep", ancien bras de la mer du Nord, aujourd'hui devenu lac d'eau douce, grâce aux nouveaux barrages du plan "Delta". A droite, une photo montrant le renflouage du bateau tragique.
C'est à cet endroit que se déroula le 30 mai 1940 une tragédie - s'il nous en fallait une de plus - qui coûta la vie à plus de deux cents militaires belges. Parmi les corps repêchés, on put identifier onze Chasseurs Ardennais.
Environ 1200 hommes avaient été embarqués ce jour-là sur ce modeste bateau. Vers 19h00, il heurta une mine magnétique placée par les Allemands lors de leur conquête éclair du pays trois semaines plus tôt. Les survivants furent embarqués ailleurs les jours suivants et n'échappèrent pas à leur sort de prisonniers de guerre.
Dès le 25 juillet, on entama le renflouage du bateau qui s'acheva fin août. On répara la partie arrière et il fut revendu en 1941. Il navigua à nouveau en 1942 sous le nom de Grebbeland. Il devint allemand en 1970 sous le nom de « Haniel Courier 42 » puis, après plusieurs changements de nom et de propriétaires, est aujourd'hui basé à Tiel, aux Pays-Bas, à 80 km au NE de Willemstad, sur le même bras de Meuse, où il navigue sous le nom de « Henrean ».
Ci-dessous, quelques images du Rhenus 127 entre 1948 et aujourd'hui.
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Willemstad, Pays-Bas, 25 mai 2015 ...


WILLEMSTAD 2015
Une péniche transportant + ou – 1500 prisonniers de guerre Belges a sauté sur une mine à hauteur de Willemstadt provoquant le décès d'environ de 200 hommes dont 10 Chasseurs Ardennais le 30 mai 1940.
Une cérémonie importante, organisée par nos amis néerlandais, eut lieu le 25 mai dernier pour honorer tous ces martyrs.
La délégation d'une vingtaine de Chasseurs ardennais, conduite par le Vice-pésident Christian André, représentant le Colonel BEM e.r. jacques, a été très appréciée .

Cinq photographes étaient à l'oeuvre pour vous, lecteurs: Christian André, Frans, le local de l'étape!, M. Johan De Pré, via Baudoin Keutiens, la section de Liège-Verviers et le Président du Nationale Strijdersbond du Meetjesland, M. Johan Vereecke.
Grand, oui, GRAND merci à tous. Les images de l'un et de l'autre sont à votre disposition.



Pour Frans, vous cliquez ICI






Pour M. Johan De Pré, CLIC
Pour les photos de M. Johan Vereecke: CLIC

Verts le site de la section Liège-Verviers: CLIC
Pour Christian André, voir ci-dessous!



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Willemstad, Pays-Bas, 10 mai 2002 ...



Quand vous passez par Willemstad en 2002, l'accueil des habitants et le pittoresque de la ville et de son petit port de plaisance vous font vite oublier le but de votre visite: retrouver la mémoire de la tragédie du "Rhenus 127".
La municipalité vous y aide par son petit dépliant touristique dans lequel vous pouvez lire ceci:

"Le 30 mai 1940, une péniche rhénane " Rhenus 127 " fut touchée par une mine. Le naufrage coûta entre autres la vie à plus de 200 militaires belges, qui étaient transportés à ce moment-là vers l'Allemagne comme prisonniers de guerre. Au bord du Hollansch Diep, juste en dehors de la ville, se trouve le cimetière d'honneur où 134 de ces militaires ont trouvé leur dernier repos."

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Les pages centrales du dépliant sont une photo verticale de la ville (copyright: VVV-Willemstad) dont nous reproduisons un extrait ci-dessus.
A droite, le livre vendu localement à l'imprimerie "Repro" pour 2,5€, contenant tous les détails de la catastrophe. Nous l'ajoutons à la page bibliographie.
Le tout petit cimetière est entouré de parkings et se trouve au bord du plan d'eau, comme si les victimes devaient continuer de regarder les lieux de leurs dernières souffrances.
Un petit bois de pins a été planté au nord du cimetière, permettant de le repérer de loin.
De grands panneaux bilingues donnent aux visiteurs toutes les explications nécessaires sur les événements du 30 mai 40. Sur le monument lui-même sont gravés 168 (le dépliant dit 134) noms de militaires belges et la mention des quatre non-identifiés qui y reposent.
Une quarantaine de tués ont été rapatriés et reposent en Belgique.

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A gauche, le mur de l'église de la petite ville est couvert d'ex-voto des familles de nos victimes. A droite, le monument entouré des plaques portant gravés, les noms des victimes du naufrage.
Au fond le petit bois de pins et le Hollands Diep.



Comment vous y rendre



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Cette photo satellite vous montre les positions respectives de Willemstad, Rotterdam, Dordrecht et Breda.
Le plus simple pour les Belges est de passer par Anvers et Bergen-op-Zoom.
Les routes sont excellentes et le pays est pittoresque.

Lucien Leclère y était



Un des membres de notre fraternelle a vécu la tragédie de Willemstad et l'a rapportée dans les carnets qu'il a rédigés à l'époque.

Né le 5 mai 1918, le Chasseur Ardennais Lucien Leclère est décédé le 17 octobre 1995. Il fut membre puis président d'honneur de la section de Saint-Hubert de la fraternelle, mais aussi membre des sections de Namur et Brabant. Il fit par testament un important don à la fraternelle.
Nous extrayons le texte qui suit des carnets personnels qu'il rédigea durant sa campagne des 18 jours et sa captivité. L'extrait commence au moment où il a été fait prisonnier et marche vers la captivité.


" Nous continuâmes à marcher, de Termonde à Moerbeke, et de là à Groenendijk, en Hollande, où nous nous embarquâmes pour l'Allemagne, sur quatre grandes péniches, serrés comme des sardines. Je fus placé dans la soute contiguë à la chambre des machines, mais, pour mon bonheur comme on va le voir, je n'y restai point. En effet, durant le trajet, nous fûmes autorisés à monter prendre le frais sur le pont et j'y retrouvai Brosius et Flaman.
Nous redescendîmes ensemble dans la deuxième soute de l'avant et parvînmes difficilement à nous asseoir, tellement nous étions entassés.
Nous y étions à peine d'un quart d'heure que le navire entier fut comme soulevé par une explosion formidable et que nous fûmes jetés les uns sur les autres. Je ne perdis pas mon sang-froid et voulus ramasser ma besace. Mal m'en prit, car je fus piétiné. Affolés, les hommes se ruaient sur l'unique échelle conduisant au pont et la brisèrent immédiatement.
Je m'agrippai aux tôles de la toiture et parvins au pont. Celui-ci présentait un aspect impossible à décrire. Les hommes courraient de tous côtés, se bousculaient. Certains sautaient à l'eau, d'autres retombaient dans les cales. L'arrière du bateau avait heurté une mine, au large du petit port de Willemstad et le navire était coupé en deux près de la chambre des machines. La partie arrière était dressée à pic et les hommes s'y accrochaient par grappes. La partie où je me trouvais, la plus longue, s'enfonçait lentement. Je me préparai à mourir.
Les bateaux à moteur du port se rapprochaient à toute vitesse et les premiers arrivés s'occupèrent à sauver les affolés qui se débattaient dans l'eau et les blessés de l'arrière qui hurlaient.
Tout à coup, l'arrière s'enfonça brusquement dans les flots, entraînant les malheureux qui s'y agrippaient et faillit faire sombrer la partie qui continuait à flotter. Mes camarades sautèrent au passage sur les bateaux de sauvetage et ceux qui manquaient leur coup piquèrent dans le fond. Déjà, les cadavres surnageaient alentour.
Nous pûmes enfin prendre place dans une petite barque à rames conduite par deux marins. Sauvés ! Quel beau mot !
Je suis maintenant couché sur la paille, la tête et un pied bandés. J'ai été contusionné par le choc, mais qu'est cela, comparé aux malheureux que j'ai vus, le corps déchiqueté, et qui geignaient doucement, leur belle vie quittant leur pauvre corps.
Je tiens à noter l'admirable conduite des habitants d'ici. Nous fûmes dorlotés comme des poupons et on nous distribua tout ce qui pouvait nous faire plaisir. "

Voici deux photographies (de Frans) qui ne sont pas du Rhenus accidenté, mais qui montrent l'entassement que faisait subir à nos hommes le vainqueur des combats de mai 1940. Ça nous fait penser aux émigrés d'Afrique d'aujourd'hui




Réservons une pensée pieuse à la mémoire de ces onze Chasseurs Ardennais identifiés parmi les victime du "Rhenus 127". Nos anciens sont morts comme des rats, entassés qu'ils étaient en surnombre dans les cales de cette maudite péniche qui les emmenait en captivité.
En voici la liste extraite de "1940, la guerre du sanglier" de Lucien Champion:
  • Caporal Jean Breyer et Soldat Raoul Dubois du 1ChA
  • Caporaux Jean Lamy et Georges Lefèbvre, Soldat Maurice Botte du 4ChA
  • Soldats Victor Golinvaux, Joseph Jacquemin et Arthur Wuidar du 5ChA
  • Soldat Jules Istace et Caporal Alphonse Winand de la 20e Compagnie des transmissions, QG 2DChA
  • Soldat Léopold Praile - unité non identifiée
  • NB: Le Soldat Léopold Schwinden du 4ChA a été formellement identifié à bord, mais son corps n'a jamais pu être retrouvé et/ou identifié

Merci à tous ceux qui voudront bien me faire part de leurs remarques et suggestions, ainsi que des autres données qu'ils posséderaient sur le sujet.

Terminons par un dernier regard sur la petite ville:
à gauche, une partie du port de plaisance et le vieux moulin d'Orange datant de 1734
à droite l'hôtel de ville "Mauritshuis" où se trouve aussi le "vvv" ou bureau de tourisme.

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Ci-dessous, un tableau des pertes ChA de la catastrophe du Rhenus 127, établi par Frans Gorissen après plusieurs années de recherche.Il reste à trouver les photos absentes du tableau et les lieux d'inhumation qui ne seraient pas le petit cimetière du monument de Willemstad.
Ainsi se clôture le travail de la catastrophe du Rhenus 127. Que Frans accepte une fois de plus nos remerciements et notre reconnaissance pour la peine qu'il s'est donnée dans ce travail de longue haleine.

Trois liens pour en savoir plus: CLIC 1 - CLIC 2 - CLIC 3
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